Camille Boyer, curiosité avant tout

À 32 ans, la directrice artistique représentée par le studio L’Éloi compose des univers où la géométrie se sublime par des teintes colorées.

Il est de ces gens pour lesquels l’avenir se décide aujourd’hui. Tête droite, regard franc, idées claires, Camille Boyer trace son chemin avec rigueur et esthétique. À 32 ans, la Montréalaise colore son quotidien de voyages aux teintes asiatiques et de projets professionnels en tant que directrice artistique. Sa guideline ? La curiosité, qu’elle érige en qualité fondamentale tant sur le plan personnel que professionnel. « C’est ce qui te nourrit, qui fait que tu évolues », justifie-t-elle. Comme pour illustrer ses dires, elle pioche dans ses souvenirs en tant qu’étudiante et dessine le parcours d’une jeune adulte parfois hésitante, mais toujours guidée par cette perpétuelle envie de découvrir, expérimenter, tester. Scénographie à l’UQAM, césure à l’Academy of Visual Arts à Hong Kong, premières expériences en costume, en décor puis en photographie. « En sortant de l’école, j’avais des skills assez vastes… Bonne en tout, mais experte en rien. C’est d’ailleurs une approche très montréalaise des études. »

Camille Boyer – Home

À 26 ans, Camille Boyer saisit l’opportunité de l’expatriation. Elle s’envole alors pour Londres, visa de deux ans en poche. « Toutes les personnes que j’admirais, toutes les agences pour lesquelles je rêvais de travailler étaient là bas », explique-t-elle. Motivée, Camille vogue de découvertes en rencontres et décroche un stage chez Wallpaper*. Là bas, elle découvre le mobilier et le design d’intérieur, assiste des set designers et aiguise sa pratique. Arrive alors une rencontre avec la photographe Aleksandra Kingo, avec laquelle elle réalise une séance photo : « Elle sortait de l’école et était toute nouvelle, comme moi. Le travail que nous avons fait ensemble nous a lancé toutes les deux, et certaines photos se sont retrouvées à la Portrait Gallery ! » De retour à Montréal, Camille se sert de cette expérience britannique pour définir son identité artistique et, plus largement, son approche vis-à-vis du design.

Family affair

Le talent ne connaît pas de frontière et ça, la Montréalaise l’a bien compris. Toutes portes ouvertes, elle enchaîne avec brio les collaborations aux quatre coins du globe depuis une dizaine d’années, avec l’envie de diffuser le plus largement possible son travail. Des ambitions qui se fondent dans l’univers de L’Éloi, agence qui la représente depuis environ trois ans : « Avec son fondateur Éloi Beauchamp, nous avons une vision commune concernant le développement artistique, notamment à l’international. » Une vision partagée, mais aussi une complicité presque instantanée qui a poussé Camille à intégrer son agence. « Éloi est un personnage flamboyant. Nous avons appris à nous connaître, et la collaboration s’est faite naturellement », raconte-t-elle. L’Éloi a été fondée à Montréal en 1999, et représente une quinzaine de créateurs talentueux et singuliers. « Nous sommes une grande famille ! », poursuit-elle. En témoigne le projet Club Palace, né de la collaboration entre Camille, Nik Mirus et Caravane. Une vidéo réalisée avec comme seul objectif d’exprimer et de faire collaborer la créativité de chacun. « On a présenté le film en Chine et, peu de temps après, il a été diffusé sur Nowness », raconte Camille. Un relai déterminant pour exposer le travail des trois artistes de L’Éloi sur la scène internationale : « On a fait ça depuis Montréal, et la vidéo a été diffusée dans le monde entier. On ne s’attendait pas à autant de succès ! »

Camille Boyer

Lorsqu’elle évoque son travail, la directrice artistique montréalaise avance une esthétique réfléchie. « Je ne suis pas forcément spontanée. Tout est calculé, planifié. J’essaie d’avoir les compositions les plus claires possibles », explique-t-elle. Au premier rang de ses sources d’inspiration siège le duo britannique Anna Lomax (set designer) / Jess Bonham (photographe) : « À chaque fois que je découvre un projet qui me plait, je m’aperçois que ce sont elles qui sont derrière ! » Lorsqu’il s’agit de son travail, Camille rebondit souvent sur son expérience londonienne. Pour autant, elle ne nourrit aucun regret à construire sa vie avec Montréal en toile de fond. Si elle admet sans détour que la capitale britannique correspond en tout point à son travail, le contact humain et l’aspect financier ternissent le tableau : « À Londres, tout coûte cher. Je me sentais parfois frustrée comme un enfant dans un magasin de bonbons ! Ici, j’ai une qualité de vie que j’apprécie vraiment.» Un point non-négligeable lorsqu’il s’agit de conjuguer vie personnelle et professionnelle. « Être proche des gens que j’aime, de ma famille, c’est le plus important », conclut-elle. Et pour la direction artistique ? « Bien sûr, Montréal est un plus petit marché. Mais il y a de la place et, surtout, c’est super facile d’exporter son travail. ».

Camille Boyer – Home

La personnalité de Camille Boyer s’est construite au milieu de multiples influences culturelles. Les voyages tout d’abord, mais aussi divers médiums comme la musique et le cinéma. « Quand j’étais plus jeune, les films c’était ce qui m’influençait le plus », explique-t-elle, en citant spontanément Paris-Texas comme étant l’un des long-métrages l’ayant le plus marqué. Côté musique, Camille refuse de se cantonner à un style et préfère laisser libre cours à ses envies. « Si je découvre un album de musique indienne traditionnelle, je peux écouter ce style non-stop pendant un mois ! » avoue-t-elle. De manière générale, Camille accorde une grande importance à la culture et à la nécessité de découvertes pour illustrer des pensées, des idées. « L’important, c’est de garder sa curiosité en éveil… Grâce à ça, tu restes pertinent et, surtout, tu es compris » Ou comment laisser le soin à chacun de trouver sa propre direction artistique.