Hugo Dufour, arts multiples

Le Montréalais de 30 ans, co-fondateur de la résidence d'artistes Céline Bureau, conjugue ses amours artistiques en provoquant les échanges et les dialogues.

Au Cagibi, petit café situé rue boulevard Saint-Laurent, le broyeur à café se lance. Hugo Dufour, notre invité du jour, se tait immédiatement et esquisse une grimace. Au bout de quelques secondes, la machine se tait et l’ambiance rythmée par les cliquetis des tasses posées sur les soucoupes reprend ses droits. « On en était où déjà ? ». Hugo est de ces gens qui parlent peu, mais juste. Un temps timide, le Montréalais de naissance se livre rapidement lorsqu’il s’agit de raconter la relation poly-amoureuse qu’il entretient avec l’art. Commissaire, artiste, entrepreneur … s’il refuse poliment qu’on lui colle une quelconque étiquette, Hugo ne boude pas son plaisir lorsqu’il s’agit de présenter la multitude de projets qu’il orchestre. « C’est la réalité du monde des arts. On gère plusieurs choses en même temps, on cumule beaucoup d’emplois », commente-t-il. Une manière de rester éveillé, actif et surtout de s’épanouir dans un milieu artistique qu’il côtoie depuis l’enfance. Une affaire de famille : « Mes parents travaillaient dans le secteur culturel, mais plus sur le volet administratif. Ils m’ont beaucoup encouragé à aller dans l’art et, d’une certaine manière, je crois que j’ai vécu leur rêve. » 

Le Cagibi à Montréal
Chromatic Blog – Hugo Dufour-Bouchard – Le Cagibi – Montréal

Avec son regard d’adulte, Hugo admet avoir eu une scolarité « paresseuse mais avec quelques facilités ». Arrivé aux études supérieures, le Montréalais file à l’UQAM en design graphique – « j’ai détesté ça ! » – avant d’enchaîner un nouveau bac, cette fois en photographie à Concordia. Puis, Hugo s’envole pour Londres, direction le Royal College of Art afin d’y passer une maîtrise de photographie. Là bas, l’étudiant d’alors découvre les nombreux paradoxes que couve la capitale britannique : « Londres est à la fois une ville excitante et pleine d’opportunités, mais également ultra-compétitive. La vie est chère, et les artistes sont très vites vulnérables. » Au-delà des problématiques financières, cette expérience hors de la Belle Province agit comme un déclic. Une étape durant laquelle Hugo se découvre, multiplie les rencontres et questionne sa pratique et sa place en tant qu’artiste. « J’ai toujours eu le syndrome de l’imposteur. Pourquoi moi ? Les choses que j’ai à dire valent-elles plus la peine d’être entendues que d’autres personnes ? », explique-t-il. En parallèle, Hugo découvre une nouvelle facette de l’art à travers la critique et l’analyse. 

Céline de Bureau

Fort de cette expérience londonienne, Hugo Dufour rentre à Montréal des idées plein la tête. Déterminé, il décide de mettre sa pratique en pause pour se concentrer sur les communautés artistiques. Avec son ami et colocataire Terrance Richard, ils imaginent et lancent la résidence d’artistes Céline Bureau. « L’idée est de proposer un espace d’échanges et d’expérimentation ouvert à des personnes de différents milieux, de différentes origines », décrit-il. Installée dans le Mile End, la résidence accueille de quatre à sept artistes dans des studios partagés et offre une aide logistique et technique afin d’approfondir les pratiques. « Céline Bureau donne une première stabilité à de jeunes artistes qui cherchent à se développer de façon communautaire. »

Hugo Dufour-Bouchard
Chromatic Blog – Hugo Dufour-Bouchard – Le Cagibi – Montréal

Depuis son retour à Montréal, Hugo Dufour nourrit ce besoin de rassembler et de faire travailler ensemble différentes communautés. Et qu’importe si sa propre pratique s’est faite, un temps, moins présente. Avec du recul, il avoue même que faire une pause lui a été bénéfique : « Aujourd’hui, je me permets des choses que je n’aurais jamais osé faire avant. » La performance, la scénographie sont quelques-uns des terrains qu’il explore aujourd’hui pour nourrir son épanouissement artistique. 

En plus de Céline Bureau, Hugo exerce également en tant que commissaire pour des événements comme Pop Montréal ou Chromatic. Cette activité, il la considère d’ailleurs comme une importante facette de sa pratique. « J’aime avoir ce rôle d’intermédiaire entre les artistes et les publics, communiquer sur les arts … », décrit-il. Et qu’en est-il de ses questionnements sur la légitimité de choisir ou non un artiste ? « Bien sûr, j’ai des goûts, des affinités, mais mon travail en tant que commissaire est juste de faire en sorte que d’autres points de vue coexistent », répond-il, avant d’ajouter : « Le commissariat me permet d’avoir une distance artistique, d’être sincèrement content et intéressé par une œuvre qui ne m’aurait pas touché auparavant. »

Veau d’or

Ses affinités, Hugo les dévoile à demi-mot : « J’essaie de ne pas être fan de quelque chose ou de quelqu’un. Je n’aime pas avoir une obsession. » Parmi les quelques noms qui l’ont marqué siège Tai Shani, une artiste britannique dont il s’est lié d’amitié lors de son aventure londonienne : « Elle vient de la mouvance punk féministe, de la performance. Aujourd’hui, elle fait des décors fantastiques, un peu surréels. C’est avec elle que j’ai réfléchi à l’art d’installation. » Une œuvre qui l’a marqué ? « Sans aucun doute la performance du duo FlucT, que j’ai rencontré à Pop Montréal. Jamais une œuvre ne m’a autant touché. Après avoir vu ça, j’étais inspiré, j’avais envie de créer », raconte-t-il. Composé de Sigrid Lauren et Monica Mirabile, FlucT travaille sur les codes de la pop pour créer des performances pleines d’intensité où se marient danse et paysages sonores.

Le Cagibi à Montréal
Chromatic Blog – Hugo Dufour-Bouchard – Le Cagibi – Montréal

À 30 ans, Hugo vit une relation complexe avec l’art, composée de différents médiums. Arts visuels, installations, performances mais aussi commissariat et critique artistique … Une dernière chose ? « J’anime un show sur la radio en ligne N10.AS tous les troisièmes vendredis du mois ! » répond-il. Le programme, « Sauna Benezra » – clin d’œil à l’animatrice canadienne de MusiquePlus dans les années 90 – mélange subtilement différents styles musicaux, principalement des années 70-80. New Wave, Gothic, Post-Punk, Ambient … « Une émission sexy et dramatique », peut-on lire sur son MixCloud. Une nouvelle expression de la dualité en musique.